Débat de la Fondation Eiffage ou comment rompre le cercle vicieux "pas de logement = pas d’emploi"

Le monde de l’entreprise et le monde associatif qui lutte contre le mal-logement ont tout à gagner à rechercher des synergies, à « bâtir des ponts » d’autant que beaucoup de chantiers intègrent désormais des clauses d’insertion.
Rappelant en préambule la devise de la Fondation Eiffage, «Construire ensemble un monde partagé», Jean Carré, le président de la Fondation Eiffage, qui a ouvert jeudi 5 novembre le débat - organisé par la Fondation Eiffage et Jean-Pierre Mahé, directeur du développement du logement social chez Eiffage Construction -, sur «le logement, vecteur d’insertion», a dressé d’emblée le constat : «le mal logement» - notamment celui des expulsés, réfugiés, migrants mais aussi des jeunes ou des chômeurs de longue durée -, «on s’en offusque mais on fait quoi ?». 

10 millions de personnes touchées par la crise du logement
Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, l’un des grands témoins de cette matinée, qui fait chaque année un état des lieux du mal logement en France, prévient que «la situation des plus fragiles tend à se durcir : le nombre de sans domicile fixe a augmenté de 50% entre 2001 et 2012 pour monter à 140000 personnes, les bidonvilles ont fait leur réapparition et les jeunes sont surreprésentés dans les appels d’urgence au 115 [le Samu social]», lui-même saturé. 

La crise du logement ne touche pas seulement les plus démunis ou les familles monoparentales : les classes moyennes inférieures connaissent aussi des difficultés pour se loger et 5,1 millions de ménages sont touchés par la précarité énergétique au point que, globalement, 10 millions de personnes sont touchées de près ou de loin par la crise du logement. «Or pour faire société, on ne peut laisser autant de personnes au bord de la route», a martelé Christophe Robert.  

Il y a des solutions : construire toujours plus de logements mais aussi mobiliser le parc de logements privés à travers des dispositifs comme les conventions de l’Agence nationale de l’habitat, les baux solidaires (Solibail) et la société foncière mise en place par la Fondation Abbé Pierre elle-même pour drainer de l’épargne privée, Solifap. 

Logements relais
Ou encore, dans les cas les plus urgents, accueillir les personnes dans des logements relais. Ainsi Solidarités nouvelles pour le logement sur la région parisienne a accueilli 8000 personnes en grande difficulté depuis 1988 et parvient à réintégrer dans des logements de droit commun 93% de ses anciens locataires grâce à un accompagnement adapté. L’Union mutualiste pour l’habitat et l’insertion des jeunes en Rhône-Alpes met, elle aussi, à disposition des logements pour favoriser l’insertion économique des jeunes tout en les incitant à participer aux travaux d’amélioration desdits logements. 

Soulignant le cercle vicieux, au terme duquel «pas de logement = pas d’emploi, pas d’emploi = pas de logement», Hervé Cogné, directeur national de Compagnons bâtisseurs, a précisé que l’association qu’il dirige, réseau d’éducation populaire qui favorise l’auto-réhabilitation ou l’auto-construction, tout en aidant des jeunes à se former aux métiers du bâtiment et à «les tirer le plus loin possible en terme de qualification» pour mieux accéder à l’emploi, a l’ambition de multiplier par 8 ou 10 ses interventions sachant qu’elle accompagne déjà 1000 chantiers tous les ans. Compagnons bâtisseurs favorise le lancement de chantiers, qui, sans elle, ne seraient pas ouverts et génère ainsi une activité économique pérenne. 

Précisément, Bruno Chellaoua, directeur d’établissement d’Eiffage Construction amélioration de l’habitat qui rénove et entretient près de 6000 logements par an, a, de son côté, souligné tout l’intérêt pour le monde de l’entreprise de s’appuyer sur les habitants des quartiers pour assurer le bon déroulement des chantiers de réhabilitation : «nous avons intégré dans nos équipes travaux des assistantes pour faire le lien avec les locataires et également des plombiers, des chauffagistes et des électriciens et même aidé certains jeunes à créer leur entreprise». 

Bâtir des ponts entre le monde de l'entreprise et le monde associatif
Au vu de ces différentes expériences, Michel Gostoli, président d’Eiffage Construction et Patrick Doutreligne, président d’Adoma (l’ex-Sonacotra) et de l’Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux) font la même analyse : le monde de l’entreprise et le monde associatif qui lutte contre le mal-logement ont tout à gagner à rechercher des synergies, à «bâtir des ponts», comme l’a précisé Michel Gostoli, sachant qu’Eiffage Construction mène à Versailles comme à Perpignan des chantiers pour le compte de l’association Habitat et Humanisme, où les intérêts des deux parties sont préservés. 

De fait, associer une entité comme Compagnons bâtisseurs lors des opérations où tout ne peut pas être rénové, faute de financements suffisants, ou son homologue Voisins Malins pour favoriser l’acceptabilité des chantiers serait un atout d’autant que beaucoup de contrats intègrent désormais des clauses d’insertion.

Au-delà, alors que Dominique Duband, président du bailleur social Batigère et vice-président de la Fédération des entreprises sociales pour l’habitat, critiquait certaines règles qui imposent de construire des parkings au prix d’un renchérissement de 6% du coût des opérations immobilières et que Marc Brabant, président de Sofilogis, dénonçait «le malthusianisme en matière de foncier», Michel Gostoli soulignait qu’Eiffage Construction s’applique pour sa part à construire moins cher avec, par exemple, les logements Éco-Éco. 

Et Jean-François Roverato de conclure, rappelant qu’il avait par le passé construit un foyer de travailleurs migrants comme patron de l’office HLM du Val-de-Marne : «un groupe comme Eiffage où l’actionnariat salarié est si puissant ne peut pas ne pas agir sur le terrain du logement des plus défavorisés, alors même que certains [collaborateurs] dans l’entreprise en sont certainement issus».   
 

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