22 000 jours de recherches et d’études, 45 opérations de fouilles dans 31 des 53 communes traversées par la ligne ferroviaire, 100 archéologues mobilisés : pour l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), la plus importante structure de recherche archéologique française, comme pour les équipes d’Eiffage, la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire (LGV BPL) avait tout d’un projet exceptionnel.
Du 5 juillet au 23 septembre 2016, l’Inrap présente au Campus Pierre Berger à Vélizy-Villacoublay (Yvelines) - avec le soutien du Groupe et de SNCF Réseau - une exposition de photographies itinérante intitulée « Sur les rails de l’histoire » qui retrace les principales découvertes réalisées entre 2008 et 2015 sur plusieurs portions des 214 kilomètres du tracé.
Paléolithique moyen
« Nous avons mené les diagnostics dès 2008/2009, en amont des travaux. Nous avons pu ainsi repérer les sites particulièrement dignes d’intérêt, comme le site de Château Gaillard à Fontenay-sur-Vègre dans la Sarthe, qui remonte au Paléolithique moyen, et plus précisément à 60 000 ans avant notre ère », explique Pierre Chevet, ingénieur de recherche à l’Inrap et en charge de la programmation des opérations archéologiques. À l’issue de ces diagnostics, les services déconcentrés de l’État (Drac) ont prescrit 45 opérations de fouilles.
Ces recherches ont permis de constituer ainsi une collection unique d’objets paléolithiques dont 25 000 pièces de silex taillés. « Outils de type bifaces, pointes et racloirs suggèrent que les hommes d’alors - les Néandertaliens - pratiquaient à la fois la taille et la chasse. Ils avaient notamment creusé trois cuvettes de 30 à 50 cm de diamètre et de 15 cm de profondeur, des aménagements très rares réalisés sans doute pour faire des feux et cuire des aliments », relève Pierre Chevet.
Âge du Bronze
Plus près de nous, le site de l’exploitation agricole de la Salmondière, à Cesson-Sévigné en Ille-et-Vilaine, remonte lui à l’âge de Bronze, autrement dit entre -2 200 et -800 avant notre ère. Il s’agit de petits bâtiments en bois dont une maison en forme d’ovale de neuf mètres sur six. Une petite perle bleue évidée en son centre en provenance d’Italie y a été découverte et témoigne du développement à l’époque d’échanges à longue distance liés à la présence, dans la péninsule armoricaine, de gisements d’étain.
Second âge du Fer
Autre site intéressant, une grande exploitation à Ruillé-le-Gravelais en Mayenne, remontant au second âge du Fer, autrement dit entre -450 et -50 avant notre ère, a été fouillée. De grands enclos à bestiaux et les plans de bâtiments sur poteaux de bois probablement dédiés au stockage des céréales ont été mis au jour.
Plusieurs domaines agricoles gallo-romains (-50 jusqu'au Ve siècle après JC) et qui s’étendaient pour certains d’entre eux sur plusieurs milliers de mètres carrés ont aussi été identifiés. Bague en argent, tête de dauphin, tête de sanglier témoignent de la richesse des propriétaires de l’époque. « L'organisation de ces grands domaines fonciers nous a permis de constater que nos paysages ruraux actuels, et notamment le parcellaire de haies et de chemins, ont été forgés par nos ancêtres dès l’Antiquité, soit il y a plus de 2 000 ans », souligne encore Pierre Chevet.
Du diagnostic au travail en laboratoire
L’exposition est construite à la fois sous forme chronologique et sous une approche méthodologique. Les différentes phases de travail des archéologues - du diagnostic préalable des terrains au travail en laboratoire, en passant par les fouilles elles-mêmes -, sont présentées. Les analyses géophysiques, la photographie aérienne, stratégique pour visualiser ces témoignages du passé, et le travail effectué avec les pelleteuses et autres engins de chantier sont autant de moyens auxquels les archéologues ont recours, loin des images d’Épinal qui les représentent toujours… avec leurs truelles.